05.03.2008

L’opposition de Paul Levi au sein du Komintern

Paul Levi, membre de la Ligue Spartakiste dès sa fondation, principal dirigeant du Parti Communiste d’Allemagne de mars 1919 à février 1921, s’exprimait ainsi dans sa brochure d’avril 1921 : Unser Weg, Wider den Putschismus (Notre Voie – contre le putschisme ; texte à ce jour toujours pas traduit en français), chapitre 2 :

« La révolution n'est pas l’affaire du Parti Communiste, ni un monopole des communistes. Elle est, pour employer un mot de Marx dans une lettre à Kugelmann, une « révolution du peuple », c’est-à-dire un processus plus puissant dans lequel toutes les forces actives et opprimées se mettent en marche, manifestent, s’opposent – chacun à sa manière – aux oppresseurs ».

On voit que Levi a en fait une autre conception révolutionnaire que celle de la direction léniniste du Komintern. Il désapprouve le « putschisme » et la prise du pouvoir par une minorité. Au fond, c’est le principe du « Parti qui fait la révolution » qu’il refuse, revenant à Karl Marx et Rosa Luxemburg : c’est au prolétariat de faire la révolution. Même si Levi, pris dans l’air du temps, fait parfois des concessions au léninisme dominateur à l’époque, il recommande explicitement pour le Parti Communiste d’Allemagne de « revenir aux enseignements de sa fondatrice », c’est-à-dire Rosa Luxemburg (dans le chapitre 4).

Levi s’oppose également au principe des ordres venus de Moscou, parlant des émissaires bolcheviks comme d’une « police de Parti » (« Parteipolizei » - chapitre 4). Il refuse de limiter ses critiques à un petit cercle d’initiés : sa brochure est publique, afin que le débat soit libre et large.

Tous ces « crimes » lui valent l’exclusion en avril 1921. Or, son attitude a été parfaitement normale au regard des principes marxistes ; mais pas au regard du bolchevisme et de sa « discipline de fer confinant à la discipline militaire » (extrait des « 21 conditions » édictées par le Komintern en 1920).

Paul Levi fait partie des communistes qui s’opposent dès 1920-1921 à l’exportation du « modèle bolchevik » à l’Europe de l’ouest, arguant notamment de situations extrêmement dissemblables, comme le fait de façon différente Herman Gorter dans sa « Réponse à Lénine ». Précisons que ces deux textes de débat n’ont pas été traduits à l’époque, et n’ont strictement jamais été diffusés par le Komintern.

Le Komintern était en fait au service de l’Etat russe, il était une émanation d’un pouvoir d’Etat. Cette structure a, en imposant le « modèle » léniniste, asséché le mouvement communiste international, le vidant du libre exercice de l’esprit critique indispensable au marxisme, et ce avant même la transformation stalinienne (qui aggrava de façon tragique la situation, déjà contraire à un véritable développement du communisme).

Après son exclusion, Paul Levi a poursuivi la lutte révolutionnaire : il a créé un rassemblement communiste oppositionnel, le KAG (Kommunistischer Arbeitsgemeinschaft, « Groupe de Travail Communiste »), publié le texte où Rosa Luxemburg critique la révolution russe, et à partir de 1922 il a été un militant actif de la tendance révolutionnaire du SPD.

Malgré, ou plutôt à cause de sa sincérité et de sa fidélité aux principes marxistes, il n’a cessé d’être diffamé par les staliniens, ainsi que par d’autres léninistes.

06.12.2007

L'Internationalisme

L'Internationalisme est un objectif émanant des divers mouvements pour l'émancipation, également défendu en particulier par les théoriciens Karl Marx et Rosa Luxemburg.
C'est une base sine qua non du Socialisme.

Comme l'écrivait Paul Lafargue : "Le prolétariat révolutionnaire n’aura ni à conserver les anciennes nationalités, ni à en constituer de nouvelles, parce qu’en s’affranchissant, il abolira les classes : le monde sera sa patrie".

La notion d'internationalisme a en particulier été développée dans l'opposition aux guerres (opposition menée par les rares socialistes restés socialistes). Depuis, le terme a été bien malmené : l'histoire a montré que toute soumission, même "simplement" idéologique, à un Etat quel qu'il soit, entraîne la disparition de l'internationalisme.

L'Internationalisme doit donc être une réalité quotidienne, dans les mobilisations, dans les projets politiques, comme objectif et comme moyen, dans la lutte contre toutes les oppressions.

Comme Marx l'a montré dans "Le Capital", il est normal et logique que le capitalisme se "mondialise" : la solution n'est pas un retour à un nationalisme quel qu'il soit ; la solution c'est la solidarité internationale des travailleurs, et une société égalitaire, libre, et réellement mondialisée. Une mondialisation au service des êtres humains, débarrassée des inégalités, du capitalisme et des divisions artificielles, tel est l'objectif internationaliste.

28.08.2007

A propos de Chavez

Réponse à l'article d'Ignacio Ramonet sur Hugo Chávez publié par Le Monde Diplomatique d'août 2007 (Le Monde Diplomatique a choisi de ne pas publier cette réponse) :

Que Chavez soit diffamé par les USA, c'est un fait. Cependant, même si refuser la propagande "bushiste" est évidemment indispensable, relayer la propagande "chaviste" n'est pas acceptable pour autant.

Que Chavez soit moins proche de la dictature que Poutine, que sa politique soit moins meurtrière que celle de Bush, que le culte de la personnalité qu'il organise ne soit pas plus envahissant que celui de Sarkozy, tout cela est exact. Mais en quoi cela constituerait une "réinvention de la gauche" ?

Dans votre article, les arguments employés montrent que ce que vous mettez à son crédit, c'est qu'il mène une "bonne" politique capitaliste, rationnelle et efficace. Ce qui est relativement original s'agissant de quelqu'un que vous présentez comme de gauche ! Chavez s'inscrit en fait dans la tradition du capitalisme d'Etat, qui n'a rien à voir ni avec l'avenir de la gauche, ni avec le socialisme.

Une réelle gauche d'avenir passera par un mouvement mondial d'abolition du capitalisme, de conquête de l'émancipation, de la démocratie, de la liberté et de l'égalité, par l'immense majorité elle-même.
Dans cette perspective, une gauche authentique se doit de ne pas oublier ces paroles d'Eugène Pottier : "Il n’est pas de sauveurs suprêmes : ni dieu, ni césar, ni tribun" (L'Internationale).

20.08.2007

Les principes d'une démocratie communiste

Par définition, le communisme implique la démocratie. Il est néanmoins indispensable de rappeler, contre les propagandes mensongères des staliniens et des droitiers (qui se rejoignent et se renforcent mutuellement), les principes du mouvement communiste - qui étaient évidents pour tous avant les déformations des divers capitalistes d'Etat.

Une démocratie communiste ne peut exister que sur la base des éléments suivants :
- liberté d'expression individuelle et collective, liberté de la presse et des divers médias, complète liberté de critique et de proposition pour tous ;
- appropriation collective de la politique, pouvoir de décision au peuple (démocratie signifie étymologiquement "pouvoir du peuple"), pas de "décideurs professionnels" ;
- remise en cause de l'organisation du travail (avec l'objectif de l'abolition du travail), fin de la division au sein du travail, propriété socialisée des instruments de travail, baisse du temps de travail pour permettre le libre développement des individus ;
- autogestion généralisée, auto-activité ;
- gratuité des moyens de connaissance et d'expression ;
- égalité entre les individus, y compris dans l'accès aux savoirs.

On voit qu'il est juste de dire que "le communisme a besoin de la démocratie comme le corps humain a besoin d'oxygène".

On est bien loin d'arriver à un tel stade. Mais il faut dès maintenant travailler, partout, à avancer vers la démocratie, et à lutter contre les tendances autocratiques et dictatoriales, qui sont promues et pratiquées dans le monde par les diverses tendances de droite et d'extrême-droite, mais aussi, parfois, par certains qui se réclament abusivement de nos courants progressistes et démocratiques.

Ce n'est pas par la conquête du pouvoir d'Etat que peut se construire une démocratie communiste, mais par la généralisation et le développement des mouvements sociaux pour l'égalité et la démocratie.

08.07.2007

La révolution sociale

Selon Marx, la révolution sociale « sera aussi internationale que l'est la domination du capital et l'esclavage du salariat » (discours du 14 avril 1856).

Il s'agit de mettre fin à la domination d'un système, inégalitaire, sur les femmes et les hommes.

Il s'agit de passer d'un travail exploité et aliéné (salariat) à une réduction très importante du temps de travail, et à sa réorganisation.

Il faut aussi en finir avec les idéologies mensongères qui accompagnent l'aliénation capitaliste : nationalisme, racisme, sexisme...

La révolution sociale serait une période d'appropriation de la société par le plus grand nombre, basée sur la démocratie, la liberté, et l'égalité.