06.12.2007

L'Internationalisme

L'Internationalisme est un objectif émanant des divers mouvements pour l'émancipation, également défendu en particulier par les théoriciens Karl Marx et Rosa Luxemburg.
C'est une base sine qua non du Socialisme.

Comme l'écrivait Paul Lafargue : "Le prolétariat révolutionnaire n’aura ni à conserver les anciennes nationalités, ni à en constituer de nouvelles, parce qu’en s’affranchissant, il abolira les classes : le monde sera sa patrie".

La notion d'internationalisme a en particulier été développée dans l'opposition aux guerres (opposition menée par les rares socialistes restés socialistes). Depuis, le terme a été bien malmené : l'histoire a montré que toute soumission, même "simplement" idéologique, à un Etat quel qu'il soit, entraîne la disparition de l'internationalisme.

L'Internationalisme doit donc être une réalité quotidienne, dans les mobilisations, dans les projets politiques, comme objectif et comme moyen, dans la lutte contre toutes les oppressions.

Comme Marx l'a montré dans "Le Capital", il est normal et logique que le capitalisme se "mondialise" : la solution n'est pas un retour à un nationalisme quel qu'il soit ; la solution c'est la solidarité internationale des travailleurs, et une société égalitaire, libre, et réellement mondialisée. Une mondialisation au service des êtres humains, débarrassée des inégalités, du capitalisme et des divisions artificielles, tel est l'objectif internationaliste.

20.08.2007

Les principes d'une démocratie communiste

Par définition, le communisme implique la démocratie. Il est néanmoins indispensable de rappeler, contre les propagandes mensongères des staliniens et des droitiers (qui se rejoignent et se renforcent mutuellement), les principes du mouvement communiste - qui étaient évidents pour tous avant les déformations des divers capitalistes d'Etat.

Une démocratie communiste ne peut exister que sur la base des éléments suivants :
- liberté d'expression individuelle et collective, liberté de la presse et des divers médias, complète liberté de critique et de proposition pour tous ;
- appropriation collective de la politique, pouvoir de décision au peuple (démocratie signifie étymologiquement "pouvoir du peuple"), pas de "décideurs professionnels" ;
- remise en cause de l'organisation du travail (avec l'objectif de l'abolition du travail), fin de la division au sein du travail, propriété socialisée des instruments de travail, baisse du temps de travail pour permettre le libre développement des individus ;
- autogestion généralisée, auto-activité ;
- gratuité des moyens de connaissance et d'expression ;
- égalité entre les individus, y compris dans l'accès aux savoirs.

On voit qu'il est juste de dire que "le communisme a besoin de la démocratie comme le corps humain a besoin d'oxygène".

On est bien loin d'arriver à un tel stade. Mais il faut dès maintenant travailler, partout, à avancer vers la démocratie, et à lutter contre les tendances autocratiques et dictatoriales, qui sont promues et pratiquées dans le monde par les diverses tendances de droite et d'extrême-droite, mais aussi, parfois, par certains qui se réclament abusivement de nos courants progressistes et démocratiques.

Ce n'est pas par la conquête du pouvoir d'Etat que peut se construire une démocratie communiste, mais par la généralisation et le développement des mouvements sociaux pour l'égalité et la démocratie.

17.07.2007

Les Internationales

La Ière internationale est fondée en 1864 : c’est l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). Ses effectifs atteignent 100.000 militants en 1870. Son organisation était celle d’une véritable Internationale : ne groupant pas sur la base d’une idéologie, mais sur la base des intérêts des travailleurs ; permettant la libre expression des divergences ; son principe de base était que la lutte pour l’émancipation devait être dans tous ses aspects « l’œuvres des travailleurs eux-mêmes » (citation célèbre d’un des premiers textes de l’AIT, écrit par Karl Marx).

Mais des dissensions apparaissent concernant la guerre entre l'Allemagne et la France (1870), puis la répression de la Commune de Paris (1871) décime le mouvement ouvrier français, et enfin des anarchistes proches de Bakounine sont exclus en 1872. Ces éléments amènent à la fin de fait de l'Internationale en 1872, et à sa dissolution officielle en 1876.

L’Association Internationale des Travailleurs a été victime de circonstances historiques particulièrement défavorables.

 

En 1889 est fondée la IIe internationale, « Internationale Ouvrière » (dite aussi « social-démocrate », ce qui signifiait à l’époque « pour le socialisme et la démocratie », en opposition donc totale face aux systèmes capitalistes et anti-démocratiques qui existaient partout), regroupant les partis ouvriers (socialistes) européens. Elle compte au plus fort plus de trois millions d'adhérents, mais une forte bureaucratisation mine et affaiblit l’Internationale (dérive qui sera malheureusement conservée par la suite, par les autres Internationales).

Cette structure, et presque tous les partis qui la composent, trahissent en 1914 en acceptant la guerre mondiale et le vote des crédits de guerre, c’est-à-dire qu’ils renoncent aux principes internationaliste et anti-militariste, et cautionnent le massacre des prolétaires entre eux. C'est à partir de là que « social-démocrate » prend progressivement son sens actuel, très différent du sens d’origine.

Après la guerre, ceux qui ont renoncé à l'internationalisme, et à l'objectif de la révolution socialiste, maintiennent une « internationale » social-démocrate, se reconstituant en 1923 puis en 1951 sous le nom « Internationale Socialiste ». Cette structure groupe aujourd'hui des gestionnaires du capitalisme comme le Labour anglais (dont l’ex-dirigeant Tony Blair est co-responsable des centaines de milliers de morts de la guerre contre l’Irak), le SPD allemand, le PS français, etc...

 

En octobre 1917 en Russie, la fraction « bolchevik » de la social-démocratie prend le pouvoir. En novembre 1918, une révolution éclate en Allemagne, mais la social-démocratie majoritaire (SPD) se bat pour lui donner un caractère « bourgeois », alors que les « spartakistes » (militants socialistes opposés à la guerre dès 1914 et exclus du SPD pendant la guerre) défendent une orientation prolétarienne en luttant pour le socialisme. En janvier 1919, le pouvoir fait massacrer ceux qui veulent poursuivre la révolution, en faisant notamment assassiner les spartakistes Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

 

Les bolcheviks russes proposent en 1919 la création de la IIIe internationale, « Internationale Communiste », partant du constat que la IIe internationale a renoncé à ses objectifs révolutionnaires. Mais la suppression du droit de tendance et du droit d'expression des minorités, ainsi que l’orientation autoritariste, et finalement l’absence de toute démocratie interne, font que l'Internationale tourne de plus en plus le dos aux principes du communisme, et devient un simple instrument au service de l'impérialisme exercé par la bureaucratie d'Etat de l'URSS. Tout le long des années 1920, de nombreuses exclusions accompagnent la stalinisation de l'Internationale.

Cette structure tourne ainsi complètement le dos aux objectifs affichés : preuve en est la situation de l'URSS, où le salariat (base de l’organisation capitaliste du travail) et la division de la société en classes sont maintenus, mais la liberté de la presse supprimée. Le pouvoir en URSS n’était absolument pas exercé par le peuple, mais par une classe dominante (la bureaucratie) qui contrôlait l’Etat policier, et dirigeait l’économie de type capitaliste d’état.

Le stalinisme alla encore plus loin dans l’anti-marxisme, comme on le voit avec les alliances avec d'autres impérialistes, en particulier la signature du pacte germano-soviétique avec Hitler en 1939. Il faut donc rappeler cette évidence que l’URSS ce n’était ni le socialisme ni le communisme, et le stalinisme en était une négation particulièrement sanglante.

La IIIe Internationale est officiellement dissoute en 1943 par un ordre unilatéral de Staline, mais en fait elle avait depuis longtemps été totalement détruite de l’intérieur.

 

Expulsé d'URSS en 1929, Trotsky regroupe en 1938 ses partisans au sein d'une « IVe internationale », mais il s'agit de très petits groupes, et les travers du léninisme sont conservés. Suite aux multiples scissions au sein du trotskisme, de nombreux groupes internationaux se proclament toujours aujourd'hui comme étant « la IVe internationale », aucun n'ayant une véritable envergure militante.

 

Force est donc de constater qu'il n'y a plus, aujourd'hui et depuis très longtemps, d’Internationale digne de ce nom. Il y a pourtant plus que jamais besoin d’un véritable internationalisme, contre le nationalisme, et rompant avec les dérives apparues dès la 2e Internationale. Le but final étant que les travailleurs du monde entier mettent fin au capitalisme et au travail salarié, et construisent le socialisme par eux-mêmes.

08.07.2007

La révolution sociale

Selon Marx, la révolution sociale « sera aussi internationale que l'est la domination du capital et l'esclavage du salariat » (discours du 14 avril 1856).

Il s'agit de mettre fin à la domination d'un système, inégalitaire, sur les femmes et les hommes.

Il s'agit de passer d'un travail exploité et aliéné (salariat) à une réduction très importante du temps de travail, et à sa réorganisation.

Il faut aussi en finir avec les idéologies mensongères qui accompagnent l'aliénation capitaliste : nationalisme, racisme, sexisme...

La révolution sociale serait une période d'appropriation de la société par le plus grand nombre, basée sur la démocratie, la liberté, et l'égalité.

03.07.2007

Rosa Luxemburg, une pensée socialiste révolutionnaire

Rosa Luxemburg : "L'énergie révolutionnaire la plus constante, alliée à l'humanité la plus bienveillante : cela seul est la vraie essence du socialisme."

Rosa Luxemburg est une figure primordiale du socialisme révolutionnaire et démocratique (ou du "communisme", au sens réel du terme, avant la déformation léniniste). Elle a défendu toute sa vie un monde plus juste. Comme tout socialiste sérieux elle s'est opposée aux nationalismes et à leurs conséquences tragiques, comme la première guerre mondiale. Elle a défendu un humanisme égalitaire, contre l'exploitation et les injustices.

Assassinée pour n'avoir pas abdiquée ses convictions, elle reste - à part Marx - la principale théoricienne marxiste.

Bio sur Wikipédia - Ses textes en français.

01.07.2007

Sur la propriété commune

"La propriété publique et la propriété commune", article d'Anton Pannekoek (marxiste hollandais), 1947 - traduction française dans la revue "Études de marxologie", numéro 21-22, juin 1981 :

 

L’objectif reconnu du socialisme est de prendre les moyens de production des mains de la classe capitaliste et de les mettre entre celles de la communauté des travailleurs. On appelle cet objectif parfois « la propriété publique » et parfois « la propriété commune » de l’appareil de production. Il y a pourtant, entre ces deux expressions, une différence prononcée et fondamentale.

La propriété publique est le droit de propriété, c’est-à-dire de disposition, exercé par un corps public qui représente la société, par un gouvernement, par le pouvoir d’Etat ou par quelque autre corps politique ; les personnes qui forment ce corps, hommes politiques, fonctionnaires, chefs, secrétaires, directeurs, sont les maîtres immédiats de l’appareil de production ; ils dirigent et règlent les moyens de production ; ils commandent les travailleurs.

La propriété commune est le droit de disposition exercé par les travailleurs eux-mêmes ; la classe ouvrière (ce terme est pris ici au plus large de sa signification et fait référence à tous ceux qui prennent part au travail vraiment productif ; il inclut les employés, les fermiers, les hommes de science) est le maître immédiat de l’appareil de production, dirigeant, décidant et réglant la production qui est en fait leur travail commun.

Sous le régime de propriété publique, les travailleurs ne sont pas les maîtres de leur travail : peut-être sont-ils mieux traités et payés que sous le régime de propriété privée, mais ils sont malgré tout toujours exploités. L’exploitation ne veut pas simplement dire que les travailleurs ne reçoivent pas le produit entier de leur travail ; une grande partie de celui-ci doit toujours être utilisée pour l’appareil de production et pour les secteurs improductifs mais nécessaires de la société. L’exploitation a pour essence le fait que d’autres qui forment une autre classe disposent des produits et de leur distribution, qu’ils décident quelle part sera attribuée aux travailleurs comme salaires, quelle part ils retiennent pour eux-mêmes et pour d’autres effets. Sous le régime de propriété publique, ceci appartient à la régulation du processus de production, ce qui est la fonction de la bureaucratie. Ainsi, en Russie, la bureaucratie en tant que classe dirigeante est le maître de la production et des produits, et les travailleurs russes forment une classe exploitée.

Dans les pays occidentaux, on connaît seulement la propriété publique (dans quelques branches) de l’Etat capitaliste. […]

On revendique quelquefois le contrôle ouvrier comme moyen de corriger le système de production géré par l’Etat. Mais voyons, le fait de demander le contrôle, la surveillance à un supérieur montre bien l’esprit de soumission d’objets désespérés soumis à l’exploitation. Ainsi donc, on peut contrôler les affaires d’un autre homme, mais on ne contrôle pas ses propres affaires, on les fait soi-même. Le travail productif, la production sociale est l’affaire authentique de la classe ouvrière. C’est le contenu de sa vie, sa propre activité. Elle-même pourrait s’en occuper si la police et le pouvoir d’Etat ne l’en empêchait. Elle a les outils, les machines à sa disposition ; elle les utilise et les manie. Elle n’a besoin ni de maîtres pour la commander, ni de finances pour contrôler les maîtres.

La propriété publique est le programme des « amis » des travailleurs qui souhaitent remplacer l’exploitation dure du capitalisme privé par une exploitation modernisée plus douce. La propriété commune est le programme de la classe ouvrière seule, combattant pour son auto-libération.

Nous ne parlons pas ici bien sûr d’une société socialiste ou communiste où la production sera organisée de façon à ne plus être un problème, où chacun se servira de l’abondance des produits selon ses besoins et ses désirs et où le concept « propriété » aura complètement disparu. Nous parlons du moment où la classe ouvrière a conquis le pouvoir politique et social et fait face à la tâche d’organiser la production et la distribution dans des conditions extrêmement difficiles. Le combat de classe des travailleurs d’aujourd’hui et de demain sera fortement déterminé par leurs idées sur les objectifs immédiats – la propriété publique ou bien la propriété commune – à réaliser à ce moment-là même.

Si la classe ouvrière rejette la propriété publique, sa servitude et son exploitation avec, et demande la propriété commune et sa liberté et son auto-détermination, elle ne peut le faire sans remplir certaines conditions et désirs. La propriété commune implique tout d’abord que les travailleurs dans leur totalité sont les maîtres des moyens de production et les font fonctionner en un système de production sociale bien ordonné. Ensuite, elle implique que dans tous les ateliers, dans toutes les usines et toutes les entreprises, le personnel réglemente son propre travail collectif en fonction de toute la production. Le personnel doit donc créer les organes grâce auxquels il dirigera en tant que personnel son propre travail, ainsi que la production sociale en général. L’institution de l’Etat et du gouvernement ne peuvent être utilisée pour ce but, car c’est essentiellement un organe de domination, qui concentre les affaires publiques entre les mains d’un groupe de dirigeants. Mais sous le socialisme, les affaires publiques consistent en la production sociale, aussi sont-elles l’affaire de tous, de chaque personnel, de chaque travailleur qui discuteront et décideront à tout moment de leur propre initiative. Leurs organes doivent se composer de délégués envoyés en tant que messagers de leur opinion, qui devront continuellement revenir rendre compte et rapporter les résultats obtenus dans les assemblées de délégués. Par l’intermédiaire de ces délégués, qui pourrait être rappelés et révoqués à tout moment, la liaison entre les masses travailleuses formées en groupes plus petits et plus grands peut être également établie et l’organisation de la production peut être également assurée.

De pareils corps de délégués, désignés communément par le terme « conseils ouvriers », constituent ce que l’on peut appeler l’organisation politique de la classe ouvrière qui se libère de l’exploitation. Ces corps ne peuvent pas être créés à l’avance ; ils doivent être formés suivant l’activité des travailleurs eux-mêmes au moment où ils en auront besoin. Ces délégués ne sont pas des parlementaires ni des dirigeantes ou chefs, mais ce sont des médiateurs, des messagers spécialisés qui assurent la liaison entre les personnels des diverses entreprises et qui unissent leurs diverses opinions en une résolution commune. La propriété commune demande la direction commune de travail ainsi que l’activité productive commune. Ceci ne peut être réalisé que si tous les travailleurs participent à cette autogestion de ce qui est la base et le contenu de la vie sociale, et s’ils en viennent à créer les organes qui uniront la variété de leurs désirs en une seule action commune. […]

29.06.2007

Einstein pour le socialisme

"Pourquoi le socialisme ?", article d'Albert Einstein publié en mai 1949 par la revue marxiste "Monthly review" :

 

Pourquoi le socialisme ?

Est-il avisé pour quelqu’un qui n’est pas un expert en économie et questions sociales, d’exprimer ses vues sur le sujet du socialisme ? En fait, je crois que oui, pour un certain nombre de raisons.

Considérons d’abord la question du point de vue du savoir scientifique.

On pourrait penser qu’il n’y a pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie et l’économie : les hommes de science œuvrant dans ces deux matières essaient de découvrir des lois relativement générales pour un ensemble limité de phénomènes de façon à rendre le lien entre ces phénomènes aussi intelligible que possible. Mais en réalité de telles différences méthodologiques existent.

La découverte de lois générales dans le domaine de l’économie est rendue difficile par le fait que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par plusieurs paramètres difficiles à évaluer séparément. En plus, l’expérience qui s’est accumulée depuis le début de cette période dite civilisée de l’histoire humaine a - c’est bien connu - été largement affectée et contrainte par des éléments qui, en aucun cas, ne sont seulement de nature économique.

Par exemple, la plupart des étapes les plus importantes de l’histoire doivent leur existence à la conquête de territoires. Les peuples conquérants se sont établis en tant que classe privilégiée du pays conquis, par le biais de la loi et de l’économie. Ils se sont attribué le monopole de la propriété de la terre et ont nommé le clergé dans leurs propres rangs. Les prêtres, titulaires du contrôle de l’éducation, ont fait de la division de la société en classes une institution permanente et créé un système de valeurs qui a guidé le comportement social du peuple, sans que ce dernier en ait vraiment conscience.

Mais la tradition historique est encore, si l’on peut dire, celle d’hier. Nous n’avons nulle part surmonté ce que Thornstein Veblen a appelé « la phase de prédation » du développement humain. Ces faits économiques observables relèvent de cette phase et même les lois que nous pouvons en tirer ne sont pas applicables à d’autres phases.

Puisque le but réel du socialisme est précisément d’avoir raison de la phase de prédation du développement humain et d’avancer au-delà, la science économique dans son état actuel ne peut fournir qu’un léger éclairage sur la société socialiste du futur.

Deuxièmement, la finalité du socialisme est d’ordre social-éthique. La science, en revanche, ne peut créer des finalités et, encore moins, les inoculer dans les êtres humains ; la science peut, tout au plus, fournir les moyens par lesquels atteindre certaines finalités. Mais ces finalités elles-mêmes sont conçues par des personnalités ayant des idéaux éthiques nobles et (si ces finalités ne sont pas mort-nées mais vigoureuses et pleines de vie) alors elles sont adoptées et développées par tous ces êtres humains qui, à moitié inconsciemment, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons, nous devrions être sur nos gardes et ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il est question de problèmes humains ; et nous ne devrions pas supposer que les experts sont les seuls à avoir le droit de s’exprimer sur des questions relevant de l’organisation de la société.

Depuis quelque temps maintenant, de nombreuses voix soutiennent que la société humaine traverse une crise et que sa stabilité a dangereusement volé en éclats. La caractéristique d’une telle situation est que les individus se sentent indifférents ou même hostiles envers le groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent.

Pour illustrer mon propos, laissez moi raconter une expérience personnelle.
J’ai récemment discuté, avec un homme intelligent et bien intentionné, de la menace d’une nouvelle guerre qui, à mon avis, mettrait sérieusement en péril l’existence de l’humanité ; j’ai fait la remarque que seule une organisation supranationale pourrait fournir une protection contre un tel danger.
Là-dessus, mon visiteur, très calme et paisible, m’a dit : « Pourquoi êtes-vous si profondément opposé à la disparition de la race humaine ? ».
Je suis sûr qu’il y a à peine un siècle, personne n’aurait fait une telle déclaration avec autant de légèreté. C’est la déclaration d’un homme qui s’est efforcé en vain d’atteindre un équilibre intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir d’y parvenir. C’est l’expression de l’isolement, d’une solitude douloureuse, dont tant de gens souffrent ces jours-ci.
Quelle en est la cause ? Y a-t-il une issue ?
Il est facile de soulever de telles questions, mais difficile d’y répondre avec un tant soit peu d’assurance. Je dois essayer, cependant, autant que je le peux, bien que je sois parfaitement conscient du fait que nos sentiments et nos efforts sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent être exprimés avec des formules simples et naturelles.

L’homme est tout à la fois un être solitaire et un être social.
En tant qu’être solitaire, il tente de protéger sa propre existence et celle de ceux qui sont les plus proches de lui, afin de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses compétences innées.
En tant qu’être social, il cherche à gagner la reconnaissance et l’affection de ses congénères, à partager leurs plaisirs, à les réconforter dans leurs chagrins et à améliorer leurs conditions de vie.
Seule l’existence de ces efforts variés, fréquemment conflictuels rend compte du caractère particulier de l’homme. La conjonction spécifique de tous ces efforts détermine jusqu’à quel point un individu peut atteindre un équilibre intérieur et peut contribuer au bien-être de la société.
Il est tout à fait possible que le poids relatif de ces deux tendances (être solitaire, être social) soit, en grande partie, déterminé par l’héritage. Mais, la personnalité qui finalement émerge est en grande partie façonnée par l’environnement dans lequel un homme se trouve plongé au cours de son développement, par la structure de la société dans laquelle il grandit, par les traditions de cette société et par l’appréciation qu’a celle-ci des différents types de comportement.

Le concept abstrait de « société » signifie pour l’être humain individuel la somme de ses relations directes et indirectes à ses contemporains et aussi aux générations qui l’ont précédé. L’individu est capable de penser, de sentir, de faire des efforts et de travailler par lui-même ; mais il dépend tellement de la société (pour son existence physique, intellectuelle et émotionnelle) qu’il est impossible de le penser ou de le comprendre en dehors du cadre de la société.

C’est la « société » qui fournit à l’homme nourriture, vêtements, logement, outils de travail, langage, formes de pensée et l’essentiel du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible grâce au travail et aux réalisations de ces millions d’humains, du présent ou du passé qui se cachent derrière le petit mot « société ».

C’est pourquoi il est évident que la dépendance de l’individu vis-à-vis de la société est un état de la nature qui ne peut être aboli, tout comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que le déroulement de la vie des fourmis et des abeilles est programmé jusque dans son plus petit détail par de rigides instincts héréditaires, le modèle social et les interelations entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changer.

La mémoire, la capacité à faire de nouvelles associations, le don de la communication orale ont rendu possible chez les êtres humains des développements qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, les institutions et les organisations, dans la littérature, dans les réalisations scientifiques et techniques, dans les travaux artistiques.
Cela explique comment il se trouve que, dans un certain sens, l’homme peut influencer sa vie grâce à sa conduite particulière et que, dans ce processus, la pensée consciente et la volonté peuvent jouer un rôle.

L’homme acquiert à la naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme figée et inaltérable, y compris les pulsions naturelles qui sont caractéristiques de l’espèce humaine.
En plus, au cours de sa vie, il acquiert une constitution culturelle que lui fournit la société grâce à la communication et à beaucoup d’autres types d’influences.
C’est cette constitution culturelle qui, avec le temps, est susceptible de changer et qui détermine en grande partie la relation entre l’individu et la société.
L’anthropologie moderne nous a enseigné, au travers de l’étude comparative des cultures dites primitives, que le comportement social des êtres humains peut être très différent selon les modèles culturels et les types d’organisation qui prévalent dans la société. C’est sur ce constat que ceux qui concentrent leurs efforts sur l’amélioration de la condition humaine peuvent fonder leurs espoirs : les êtres humains ne sont pas condamnés, du fait de leur constitution biologique, à s’anéantir entre eux ou à se retrouver à la merci d’un destin cruel qu’ils s’infligeraient à eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude de l’homme devraient être modifiées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devrions constamment rester conscients du fait qu’il y a certains paramètres que nous sommes incapables de modifier. Comme il est dit plus haut, la nature biologique de l’homme n’est pratiquement pas sujette au changement. En outre, les développements technologiques et démographiques des tout derniers siècles ont créé des conditions qui sont là pour durer.

Avec les concentrations de populations relativement denses, avec les marchandises indispensables à leur perpétuation, une division extrême du travail et un appareil de production fortement centralisé sont absolument nécessaires.
Ce temps où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient être complètement auto suffisants, ce temps qui, si on regarde en arrière, paraît si idyllique, eh bien, ce temps a disparu à jamais. Il est à peine exagéré de dire que l’humanité constitue dès maintenant une communauté planétaire de production et de consommation.

J’ai maintenant atteint le point où je peux indiquer ce qui pour moi constitue le fond de la crise de notre temps.

Cela se rapporte à la relation de l’individu à la société.
L’individu est devenu plus que jamais conscient de sa dépendance vis-à-vis de la société. Mais il ne vit pas cette dépendance comme un atout, comme un lien organique, comme une force protectrice mais plutôt comme une menace à ses droits naturels, ou même à son existence économique. En outre, sa position dans la société est telle que les pulsions égotistes de son caractère sont constamment cultivées tandis que ses pulsions sociales, qui sont par nature plus faibles, se détériorent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position dans la société, souffrent de ce processus de détérioration. Prisonniers sans le savoir de leur propre égotisme, ils se sentent dans l’insécurité, seuls et privés des joies naïves, simples et sans sophistication de la vie.
L’homme ne peut trouver un sens à la vie, si courte et périlleuse soit-elle, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon sens, la source réelle du mal. Nous avons devant nous une grande communauté de producteurs dont les membres s’efforcent sans cesse de se priver les uns les autres du fruit de leur travail collectif, non pas par la force, mais tout simplement en se conformant fidèlement aux règles établies par la loi. De ce fait, il est important de se rendre compte que les moyens de production (c’est-à-dire l’intégralité de la capacité de production nécessaire pour produire à la fois les biens de consommation et les moyens de production additionnels) peuvent être légalement la propriété privée d’individus, et ils le sont dans leur grande majorité.

Pour faire simple et bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’usage commun du terme, j’appellerai « travailleurs », dans la discussion qui suit, tous ceux qui n’ont pas leur part dans la propriété des moyens de production.
Le propriétaire des moyens de production est dans la position d’acheter la force de travail des travailleurs. C’est en utilisant ces moyens de production que le travailleur produit de nouvelles marchandises qui deviennent la propriété du capitaliste. L’élément essentiel dans ce processus est la relation entre ce que le travailleur produit et ce qu’il est payé, tous deux mesurés en terme de valeur réelle. _ Dans la mesure où le contrat de travail est « libre », ce que le travailleur reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des marchandises qu’il produit, mais par ses besoins minimum et par les besoins des capitalistes en force de travail en liaison avec le nombre de travailleurs disponibles sur le marché. Il est donc important de comprendre que, même en théorie, la paie du travailleur n’est pas déterminée par la valeur de ce qu’il produit.

Le capital privé tend à se concentrer entre quelques mains, en partie à cause de la compétition entre capitalistes et en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation d’unités de production plus grandes au détriment des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capital privé dont le pouvoir exorbitant ne peut effectivement pas être contrôlé même par une société dont le système politique est démocratique.

Cela est d’autant plus vrai que les membres des corps législatifs sont choisis par des partis politiques largement financés et influencés d’une manière ou d’une autre par des capitalistes privés qui, en pratique, éloignent les électeurs du corps législatif. En conséquence, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment, dans les faits, les intérêts des secteurs les moins privilégiés de la population.

En plus, dans les conditions existantes, des capitalistes privé contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est alors extrêmement difficile et même, dans la plupart des cas, tout à fait impossible pour le citoyen individuel de parvenir à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation qui prévaut dans une économie fondée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes essentiels :
premièrement, les moyens de production (le capital) sont propriété privée et leurs propriétaires en disposent comme bon leur semble ;
deuxièmement, le contrat de travail est libre.
Bien sûr, une société capitaliste « pure », cela n’existe pas. En particulier, on doit noter que les travailleurs, au travers de leurs luttes politiques longues et âpres, ont réussi à imposer une forme quelque peu améliorée du « contrat de travail libre » pour certaines catégories de travailleurs. Mais, pris dans son ensemble, l’économie contemporaine ne se distingue pas beaucoup du capitalisme « pur ».

La production est réalisée pour le profit, pas pour son utilité. Il n’y a aucune assurance que ceux qui sont capables et désireux de travailler seront toujours en position de trouver du travail ; il existe presque toujours « une armée de chômeurs ». Le travailleur craint en permanence de perdre son emploi. Comme les travailleurs sans emploi ou faiblement payés ne constituent pas un marché lucratif, la production de biens de consommation s’en trouve réduite et il en résulte de grandes difficultés. Il est fréquent que le progrès technologique conduise à plus de chômage plutôt qu’à un allégement pour tous de la charge de travail.

La soif du profit, ajoutée à la concurrence que se livrent les capitalistes, est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital qui conduit à des dépressions de plus en plus graves. La compétition sans limites génère un énorme gaspillage de travail et cette paralysie de la conscience sociale des individus que j’ai mentionnée plus haut.

Je considère la paralysie des individus comme la pire malfaisance du capitalisme. Notre système éducatif tout entier souffre de ce mal. Une attitude exagérée de compétition est inculquée à l’étudiant qui, en guise de préparation à sa carrière future, est formé à vouer un culte à sa réussite dans l’âpreté au gain.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’une seule façon d’éliminer ces maux dangereux, à savoir par la mise en place d’une économie socialiste, accompagnée d’un système éducatif tourné vers des objectifs sociaux.

Dans une telle économie, les moyens de production sont possédés par la société elle-même et sont utilisés selon un mode planifié. Une économie planifiée qui ajuste la production aux besoins de la communauté, distribuerait le travail à faire entre ceux qui sont capables de travailler et garantirait des moyens d’existence à chaque homme, femme et enfant. Outre la promotion de ses capacités innées propres, l’éducation de l’individu tenterait de développer en lui le sens de la responsabilité pour ses congénères plutôt que la glorification du pouvoir et de la réussite qui prévaut dans la société présente.

Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une économie planifiée en tant que telle peut être assortie d’un asservissement total de l’individu.

La réalisation du socialisme requiert la résolution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment est-il possible, eu égard à la centralisation de grande envergure du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute puissante et présomptueuse ?
Comment assurer les droits des contre-pouvoirs au pouvoir de la bureaucratie ?

Exprimer clairement les objectifs et les problèmes du socialisme est d’une très grande importance pour notre période de transition. Puisque, dans les circonstances présentes, la discussion libre et sans obstacles de ces problèmes est frappée d’un tabou puissant, je considère que la création du présent magazine est un service public important.

26.06.2007

Marx et le marxisme

"Marx n'est compatible qu'avec l'action d'un prolétariat conscient de sa vocation émancipatrice, animé par la volonté de se libérer et de libérer l'humanité de sa condition inhumaine, de son rôle de soutien du pouvoir du capital et de son État ; d'un salariat décidé d'abolir le système du salariat". http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_Rubel

 

Le marxisme est un courant inspiré des idées de Karl Marx (philosophe allemand).

Pour Marx, le capitalisme conduit à des contradictions, des inégalités, et à l'exploitation de l'homme par l'homme. Marx dénonce entre autres :

  • la concentration des richesses par une classe de la société, et la misère pour d'autres ;
  • les crises régulières, engendrant le chômage.
Pour résoudre ces contradictions, Marx estime qu'une nouvelle société est nécessaire, sans classe et sans Etat, mettant fin à l'exploitation de l'homme par l'homme et le rendant maître de son histoire. L'internationalisme est "la réponse" à la mondialisation des structures d'échange, de production et d'oppression du capitalisme.